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La mémoire des
gueules noires
En 1750, la découverte de gisements de houille scelle pour deux siècles le
destin de Ronchamp (Haute-Saône). En tout, une dizaine de galeries seront
creusées, avant que soit entrepris, en 1810, le forage du puits Saint-Louis,
le premier d’une chaîne qui en comptera 26 à la fin de l’exploitation.
En 1875, 1 500
mineurs seront employés sur le site pour en extraire, chaque année, 200 000
tonnes de charbon. Jusqu’à la fermeture, en 1958. Le délégué mineur et maire
de cette époque, Alphonse Pheulpin, a joué un grand rôle dans la Ssm et à
l’Union régionale des Ssm.
La mémoire de ce
passé laborieux, Ronchamp l’a conservée grâce au docteur Marcel Maulini, l’un
des derniers médecins de la mine, qui fonde un musée au cœur de la ville afin
de rendre hommage à la profession de mineur, exposée aux coups de grisou et à
la silicose.
A côté des outils de toutes sortes, des lampes à feu nu puis à flamme
protégée, des objets personnels tels les masques antipoussière, les écuelles
en fer blanc ou les calots, le médecin retraité a consacré une part
importante du premier étage du bâtiment, devenu musée municipal et ouvert au
public à partir de 1976, à l’évocation de ces maladies.
Ouvrages de référence, coupes anatomiques de poumons atteints et planches
médicales traduisent l’effort de recherche mené sur place avec des moyens et
des connaissances alors rudimentaires. A quelques mètres, d’autres
photographies, documents et costumes folkloriques nous rappellent que nombre
des mineurs ainsi malmenés par l’exploitation intensive de l’environnement
étaient des Polonais, venus à Ronchamp en trois vagues d’immigration
successives (1873, 1923 et 1930) pour y travailler et y entamer une nouvelle
existence.
Mais la mine n’était pas que drames et tristesse. C’était aussi une
organisation industrielle et sociale en perpétuelle évolution. Et une
communauté soudée. Avec blasons et fanfare, la fête de la Sainte-Barbe,
patronne de la corporation, permettait aux mineurs de se retrouver avec
femmes et enfants pour des moments souriants qui favorisaient l’intégration
des derniers arrivés, comme l’attestent les étendards et instruments réunis
par Marcel Maulini.
Cette cohésion s’exprimait également dans les coups de gueule et de colère,
notamment à l’occasion des grèves, fréquentes dès le XIXe siècle. Car la
prière, très présente dans ce monde ouvrier, comme le montrent les objets
artisanaux de culte et les statuettes religieuses rassemblés au musée, ne
pouvait tout résoudre à elle seule.
P.S. Musée de la mine Marcel-Maulini, 33, place de la
Mairie, 70250 Ronchamp. Tél./fax : 03 84 20 70 50. En juin, juillet et août,
ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10 heures à 12 heures et de 14
heures à 19 heures. Fermé le 14 juillet.
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